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  • Céline ALCALA

Trouver sa place à Scoglitti : le port sicilien où j'ai décidé de poser mes valises

Est-ce que vous avez trouvé votre phare ? Cet endroit qui vous ressource, qui vous rassure; ce repère, cette source d'espoir lumineuse qu'on aperçoit quand nos yeux fatiguent face à l'obscurité, avez-vous un endroit comme ça dans votre vie ?

Le mien est littéralement un phare, celui de Scoglitti, au sud - est de la Sicile. C'est là qu'Antonio et sa famille ont leur "maison de campagne" comme ils disent ici. En réalité, c'est une maison à deux minutes du port et de la plage. Il est de tradition ici que les habitants de Vittoria, une ville très agricole, déménage l'été vers leurs maisons familiales de Scoglitti, le bord de mer, à 20 minutes. C'est le cas également pour de nombreux autres Siciliens, quand les beaux jours arrivent, hop ! Tout le monde s'installe dans la maison de campagne ! Original n'est-ce pas ?


Le rythme hivernal est stoppé net. On met nos pantoufles au placard, on change les rideaux et les draps, on habille nos maisons de couleurs plus enjouées. On enfile nos affaires d'été dans nos valises, on range les objets de décoration, on astique tous les recoins et puis on s'évade, direction l'été! C'est comme quand vous faites votre gros nettoyage de printemps et que vous enchaînez avec un voyage longue durée. On vit une vie de vacances jusqu'en septembre, voir octobre, voir novembre...


Mais la particularité avec Scoglitti, c'est que c'est tout petit! On y retrouve tous les gens qu'on a l'habitude de saluer le matin au café du village, mais cette fois-ci au bar du port; les mamans qui avaient l'habitude de se retrouver devant l'école se croisent désormais sur les plages. Les enfants vivent en extérieur, en groupe, mêlés aux adultes, une fois pour partager une granita au citron sur la place du village, une autre fois pour une partie de foot ou de beach-volley. Le temps est figé dans un monde ensoleillé, joyeux, libre et chaleureux, simple.

Lorsqu'Antonio était venu me récupérer à l'aéroport, je savais que c'était dans cette maison que j'allais commencer ma nouvelle aventure. C'est en fait la grande maison de son grand-père dans laquelle il passait ses étés à faire les 400 coups avec tous ses cousins, qui a été divisée en trois maisonnettes, dont celle du milieu est aujourd'hui celle des parents d'Antonio, les deux autres à ses oncles.


Les maisons voisines hébergent d'autres oncles et cousins, le tout bordé de champs d'oliviers ou de serres de tomates, poivrons, courgettes, basilic, romarin, etc. Je vous laisse imaginer le parfum qui baigne l'air iodé qui arrive de la mer que l'on entrevoit au bout du chemin. C'est là qu'on fait sécher les tomates en été, qu'on prépare le pain au four à bois, qu'on organise des barbecues géants, qu'on vit heureux entouré d'amour, en somme. Alors, oui, la maisonnette est à l'état brut, meublée avec les anciens lits ou canapés que "on va quand même pas jeter!", mais je suis sûre que vous comprendrez le bien-être immédiat que j'ai pu ressentir en y posant ma valise!


Avez-vous connu de tels moments dans votre vie ? Je le vivais parfois avec ma famille paternelle espagnole, Scoglitti et cette maisonnette me rappelle mes origines espagnoles. Parfois même, on dirait que je peux voyager dans l'espace et le temps, lorsque la mère d'Antonio m'amène quelques tranches de pain maison arrosées d'un filet d'huile d'olive - de production locale évidemment - et parsemées d'origan.

Je suis alors transportée dans un souvenir, chez mes parents, mon père me raconte que lorsqu'il était enfant, au sud de l'Espagne, on chipotait pas et on se contentait d'une tranche de pain et d'huile d'olive. J'attrape ce que Concetta me tend et m'empresse de manger ce souvenir, je veux le vivre aussi Papa ! Je comprends alors la petite capricieuse que j'ai pu être autrefois, je comprends que l'essentiel, l'important, c'est ce qui est simple, c'est ce qui est "pauvre" mais riche de vie, c'est l'authenticité. Il y a plus d'amour dans ce bout de pain que dans tous les kinders de cette planète, croyez-moi! Et moi, j'avais terriblement besoin d'amour...


Antonio me montre ma chambre, généreusement préparée par sa mère, je m'assoies sur le lit, je prends une grande inspiration en caressant les draps. Et j'expire. Mes pensées sont envahies de doutes, de souvenirs, de jugements, de peurs. Saurais-je gérer cette dépendance envers ces personnes ? J'inspire à nouveau. Quelle chance j'ai d'être accueillie ici ! J'expire. Qu'est-ce qui m'attend maintenant ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Comment croire à tant d'affection quand on vient d'être trahie et reniée par la moitié de son entourage ? Cette chance est-elle réelle ou est-ce encore une illusion qui me détruira à brève ?

Je sens le regard d'Antonio posé sur moi, il sourit. Lui, je le connais bien. Et dans tous ce chaos passé, il était comme un phare posé là, immobile, rassurant, observateur, présent si besoin. Il me propose d'aller prendre un café au port. "Ammonini" ! - traduisez C'est parti !


En arrivant juste à coté du bar, sur le port, les bruits des chaînes des bateaux amarrés se mélangent aux cris des marins et des mouettes. Quelle paix ! Juste à côté, le phare nous cache le coucher du soleil. Tout petit lui aussi. Je veux y entrer mais il est fermé. Antonio propose de s'asseoir un peu plus loin.

Les vagues emportent alors mes tourments. Je me sens chez moi. Je ne le suis pas encore, j'aurai énormément d'épreuves à passer d'abord, mais je m'y sens déjà. J'observe ce phare, je me revois virevolter d'un avion à l'autre, d'un continent à un autre, d'une vie en plein air à une vie en plein centre ville. Je me revois petite, déménager presque chaque année jusqu'à mes 12 ans. Recommencer à la majorité. Je me vois sans racines, sans "fixe et stabilité". Tout cela m'aura porté ici, devant ce phare. Reste à comprendre pour quelle raison !


Au loin un bateau de pêcheurs s'engouffre dans l'ombre de l'horizon, ce fascinant horizon...

D'habitude, j'aurai voulu m'évader avec eux, mais pas cette fois. Je reste près de ce phare. Terrifiée, humiliée, pleine de culpabilité mais en même temps déterminée. Ce phare, ce sera chez moi, c'est chez moi. Trouvez votre phare, maintenant. Si vous en avez un vous n'aurez plus à craindre de vous perdre sachant qu'il est là à vous attendre. Tout part de là.




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